le blog permet de suivre la vie de l'association la diagonale de l'estrade
Au rayon culture, nous avons déjà parlé musique et court-métrages et voici qu'il nous faut parler poésie !!! Tout ça parce qu'un des membres de l'association est allé à Cabourg pour lire des vers dans un cercle d'amateurs. Au milieu des rimes d'Hugo, de Prévert et de quelques "fabrications" personnelles, notre diseuse de poèmes a proposé les Vers dorés de Gérard de Nerval dont voici le texte. Attention ! on sort de la catégorie 'amusement' (encore que le premier vers de la troisième strophe peut éventuellement renvoyer à la vidéo du gars qui se 'prend des murs', cf Divertissement mural !) :
Homme ! libre penseur - te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.
Respecte dans la bête un esprit agissant : ...
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d'amour dans le métal repose :
"Tout est sensible ! " - Et tout sur ton être est puissant !
Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie
A la matière même un verbe est attaché ...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie !
Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres !
Il me semble, tout d'abord, qu'on peut y voir une belle réponse à l'interrogation de Lamartine : Objets inanimés, avez-vous donc une âme?
Il n'est pas non plus interdit d'y voir un lien avec ce qu'écrit Ponge (j'avance, j'avance...). Parce que lui aussi l'air de rien, il a fourni un paquet d'efforts pour rendre vivante ne serait-ce qu'une simple cruche. Ou encore pour rendre sa dignité à l'animal comme dans Une 1/2 journée à la campagne où il inverse l'homme et le cheval : "Quelle majesté dans ce gros cheval portant son homme sur le chemin..."
Puis bon, faut bien le dire, on associe aussi souvent ces vers à Pythagore... Tout simplement parce que la citation 'Tout est sensible" est de lui. Avec "Eh quoi !" devant. (J'aime bien le "Eh quoi !", le côté un peu canaille).
Toujours est-il que je ne pouvais pas rater une occasion aussi belle de faire entrer notre ancestral faiseur de théorèmes à qui on attribue plus souvent le "Tout est nombre" dans les pages de ce blog. (Quand même, j'aimerais bien savoir comment on traduit "Eh quoi" en grec ancien...).
Voilà pour l'instant de poésie ! Oh allez, je vous rajoute celui-ci, beaucoup plus connu, du même auteur :
Il est un air, pour qui je donnerais,
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber.
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets!
Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit...
C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit;
Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre les fleurs;
Puis une dame à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue...et dont je me souviens!
Quand j'ai découvert ce poème, je me souviens l'avoir trouvé très bien certes mais que, surtout j'étais bien embêté parce que je n'avais sous la main aucun air, ni de Rossini, ni de Mozart, ni de Weber. Pas facile de se projeter dans ces conditions-là !! Alors pour tous ceux qui ont aussi besoin d'un cours de rattrapage, voici une compil' 3 en 1 qui vous éclairera peut-être :