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le blog permet de suivre la vie de l'association la diagonale de l'estrade

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Ponge - Première partie

Première partie du montage réalisé à partir des textes de Ponge.

Les textes en italique correspondent aux parties écrites pour l'adaptation à la scène et la création du personnage.

 

 

Un homme assis. Il trie une pile de livres qu'il sort d'un carton.

 

 

Je suis libraire. Je tiens une librairie dans une petite rue du 4ème arrondissement. C'est un métier qui me plaît. J'aime les livres, j'aime assez les gens et j'ai la chance d'en voir passer beaucoup qui eux aussi aiment les livres. Ils viennent, achètent mes livres, reviennent et en achètent d'autres.

Je vis seul. Le soir, en rentrant, il m'arrive d'imaginer que certains de mes clients ont envie de savoir qui est cet homme qui leur vend des livres qu'ils dévorent, qu'ils sont prêts à me suivre afin, peut-être, de comprendre pourquoi ils aiment les livres qu'ils achètent chez moi. Pourquoi pas ? Il m'est bien arrivé une ou deux fois de fermer ma librairie pour suivre telle femme qui venait d'acheter tel livre : pour comprendre.

De mon côté, je suis prêt à les accueillir. Je les laisserais me suivre l'air de rien et au dernier moment, alors que je franchis la porte du grand porche, je me retournerais et je leur expliquerais :

 

J'entre d'abord par une profonde étable obscure où on voit mal en particulier trois chèvres plutôt grandes puis de nombreux objets bruts en bois dans les marrons à la Rembrandt. J'y trouve une sorte d'escalier de bois par où je monte à ma chambre qui s'ouvre par la deuxième porte sur le couloir si bien que je ne couche pas sur l'odeur de l'étable mais au-dessus d'une salle d'habitation qu'occupe notamment une horloge dont la boîte touche au plafond.

 

Toutes les heures, elle me tient compagnie. Au moins autant que les autres habitants de cette demeure car outre cette horloge il y a dans la maison une vieille paysanne de quatre-vingt cinq ans qui va mourir de sa vie sans jamais avoir été malade et ses deux filles de quarante à cinquante ans exactement de la même taille, assez courte : le corps de l'aînée penche entièrement à gauche tandis que la seconde a un œil fermé et toute la face plissée vers l'autre pour essayer de le fermer aussi.

 

Par attention pour moi qui suis leur seul pensionnaire, elles ont placé leur table ronde contre le mur sous ma fenêtre d'où je vois la crosse d'une route, à gauche, et en face un horizon court et haut, décoré pour le premier plan par un arbre à cerises, et plus loin d'un champ de genêts.

Tout cela tremble fortement par grand vent comme un fagot.

 

Je m'éclaire à la bougie dans cette cabane de sapin et de granit. Il fait grand vent : cela menace et gémit aux portes, triomphe rageusement et ruisselle dans les feuilles en face : une fameuse tournée.

La fenêtre est ouverte, le ciel tout à fait net. L'ornant, des points et des broderies, comme un napperon étoilé.

Ni la musique de Pythagore, ni le silence effrayant de Pascal. Je suis libraire et je vis seul.

 

Mais, je vous en prie entrez. Vous partagerez bien mon repas .

Je ne sais pas si vous ressentez quelque chose quand vous en préparez mais, personnellement, je trouve que l'apprivoisement de la pomme de terre par son traitement à l'eau bouillante pendant vingt minutes, c'est assez curieux. D'ailleurs, je préfère regarder cuire une bonne pomme de terre plutôt que lire un mauvais livre... Il vaut mieux, m'a-t-on dit que l'eau soit salée, sévère. Pas obligatoire mais c'est mieux.

 

Assez rapidement, une sorte de vacarme se fait entendre, celui des bouillons de l'eau. Elle est en colère au moins au comble de l'inquiétude. Elle se déperd furieusement en vapeurs, bave, grille aussitôt, pfutte, tsitte. Mes pommes de terre, plongées là-dedans sont secouées de soubresauts, bousculées, injuriées, imprégnées jusqu'à la moelle. Sans doute la colère de l'eau n'est-elle pas à leur propos mais elles en supportent l'effet – et ne pouvant se déprendre de ce milieu elles s'en trouvent profondément modifiées. Finalement, elles y sont laissées pour mortes, ou du moins très fatiguées. Si leur forme en réchappe (ce qui n'est pas toujours), elles sont devenus molles, dociles. Toute acidité a disparu de leur pulpe : on leur trouve bon goût. Leur épiderme s'est aussi rapidement différencié : il faut l'ôter et le jeter aux ordures.

 

Peler une pomme de terre bouillie de bonne qualité est un plaisir de choix. Entre le gras du pouce et la pointe du couteau tenue par les autres doigts de la même main, on saisit par l'une de ses lèvres ce rêche et fin papier que l'on tire à soi pour le détacher de la chair appétissante du tubercule.

 

L'opération facile laisse, quand on a réussi à la parfaire sans s'y reprendre à trop de fois, une impression de satisfaction indicible.

Le léger bruit que font les tissus en se décollant est doux à l'oreille et la découverte de la pulpe comestible réjouissante.

Il semble, à reconnaître la perfection du fruit nu, sa différence, sa ressemblance, sa surprise – et la facilité de l'opération - qu'on ait accompli là quelque chose de juste, dès longtemps prévu et souhaité par la nature, qu'on a eu toutefois le mérite d'exaucer.

Reste ce bloc friable et savoureux – qui prête moins qu'à d'abord vivre, ensuite à philosopher.

 

Cependant, n'allez pas croire que ma vie se résume à l'épluchage de pommes de terre. Il m'arrive de sortir. Sans même emmener de livre. L'autre jour, dimanche précisément, je suis allé à la campagne. Oh, une demi-journée seulement !

 

 

Que s'est-il passé lors de cette demi-journée à la campagne ? A découvrir dans la Deuxième partie

 

 

 

 

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