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le blog permet de suivre la vie de l'association la diagonale de l'estrade

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Ponge - Quatrième partie

Chers lecteurs,

 

Nous voici rendus - avec une semaine de retard - au quatrième et dernier volet de la saga pongienne. Alors que notre héros se laissait aller à lire quelques lignes de sa composition au sujet de la terre en tant que matière (Troisième partie ) , il avouait humblement se sentir plus apte à vendre des livres qu'à en écrire... mais...attention à l'émergence d'un rapport charnel avec cette terre qui nous a tous engendrés. Personnellement, ça me rappelle un sketch de Marc Jolivet dans lequel il évoque les tremblements de terre...

 

[Rappel : les textes en italique correspondent  aux parties écrites pour l'adaptation à la scène et la création du personnage]


 

 

Mais, si parler ainsi de la terre fait de moi un poète mineur - mineur...ou terrassier !- je veux l'être ! Je ne connais pas de plus grand sujet.

Comme on parlait de l'Histoire, quelqu'un saisit une poignée de terre et dit : « Voilà tout ce que nous savons de l'Histoire Universelle. Mais ça nous le savons, le voyons : nous l'avons bien en mains. »

Quelle vénération dans ces paroles.

 

Car voici notre aliment ; où se préparent nos aliments. Nous campons là-dessus comme sur les silos de l'histoire, dont chaque motte contient en germes et en racines l'avenir.

 

Car voici pour le présent notre parc et demeure : la chair de nos maisons et le sol pour nos pieds.

Aussi notre matière à modeler, notre jouet.

Il y en aura toujours à notre disposition. Il n'y a qu'à se baisser pour en prendre. Elle ne salit pas.

 

On dit qu'au sein des géosynclinaux, sous des pressions énormes, la pierre se reforme. Eh bien, s'il s'en forme une, de nature particulière, de la terre proprement dite, à partir de ces restes sacrés, qu'on me la montre ! Quel diamant serait plus précieux !

 

Car voici enfin l'image présente de ce que nous tendons à devenir.

Et, ainsi, le passé et l'avenir présents.

Tout y a concouru : non seulement la chair des trois règnes mais l'action des autres éléments : l'air, l'eau, le feu;

Et l'espace, et le temps.

 

Ce qui est tout à fait spontané chez l'homme, touchant la terre, c'est un affect immédiat de familiarité, de sympathie, voire de vénération, quasi-filiale.

Parce qu'elle est la matière par excellence.

Or, la vénération de la matière, quoi de plus digne de l'esprit ?

Tandis que l'esprit vénérant l'esprit... voit-on cela ?

 

Une fille entre :

  • La fille : On ne le voit que trop...

  • Le libraire : Oh, excusez-moi, votre ombrelle vous fait de l'ombre !

  • La fille : Songez que je suis une ombelle et que je vous fais de l'ombe : c'est plus doux...

  • Le libraire : Les ombelles ? Ce sont ces fleurs que le soleil attire et que le vent balance. Leur tige est longue et sans raideur.

  • La fille : Mais elles tiennent bien en place et sont fidèles à leur talus.

  • Le libraire : Comme d'une broderie à la main, on ne peut dire que leurs fleurs soient tout à fait blanches,

  • La fille : Mais...

  • Le libraire : Elles les portent aussi haut et les étalent aussi largement que le permet la grâce de leur tige. Il en résulte vers le quinze août, une décoration des bords de route, sans beaucoup de couleurs, à tout petit motifs, d'une coquetterie discrète et minutieuse, qui se fait remarquer des femmes.

    La fille s'en va.

Il en résulte aussi de minuscules chardons, car elles n'oublient aucunement leurs devoirs.

De douceur à douleur, il n'y a qu'une lettre qui change. Tous les calligraphes vous le diront.

 

Je crois qu'il est temps d'aller me coucher. Vous pouvez partir. Une dernière question : vous connaissez le secret des édredons ?

Dans ce parallélépipédique sac de soie sont contenues des millions de plumes, et elles le font bouffer, en raison de la force expansive des plumes.

Plus elles sont jeunes et légères, plus les plumes ont de force expansive : oh ! Toujours très faible, mais elle existe.

Les Américains ont trouvé un moyen de la brimer, en cloisonnant par des piqûres leur enveloppe de soie. Ainsi l'homme couché là-dessous peut-il regarder au delà de son nez, - ce qui lui semble commode.

Au moins cinquante volatiles dépouillés, et je couche là-dessous sans aucun remords.

Défaites-moi pourtant ces piqûres, que ces plumes du moins soient à leur aise. D'autant que je ne désire regarder rien au-delà de mon nez. Si je désirais contempler quelque chose, sans doute serait-ce ces plumes elles-mêmes, si bien cachées.

Les marchands, entre parenthèses, ont bien peu d'imagination. Ne serait-ce pas mieux, quelque enveloppe transparente, et les plumes au-dedans toutes blanches, ou de couleurs harmonieusement assorties ? N'y a-t-il pas moyen de déposer cette idée ? N'aurait-elle pas elle aussi quelque force expansive ? Expansive par la même occasion du porte-monnaie ?

Ou bien alors épargnez tous ces volatiles ! Gonflez-moi quelque enveloppe thermos d'un gaz tiède, dont la chaleur se déperde selon une allure réglée.

Mais sans doute le secret des édredons fait-il leur charme.

Quant à moi, du moins, ce qui m'en a charmé, c'est l'évocation en leur intérieur de ces millions de plumes, sagement au repos, malgré leur légère force expansive, oh ! Non trop exigeante, pas têtue susceptible d'arrangement, de compromis : enfin une force d'expansion philosophe.

 

Allez, bonne nuit. En sortant vous ferez attention aux chèvres. Vous vous souvenez : … trois chèvres plutôt grandes.

 

 

Voilà, c'est fini. Au total, le personnage partage environ 35 minutes de sa vie avec ses visiteurs d'un soir. Bon, sur scène, il y a un petit bonus à la fin. Pour ceux qui connaîtraient leur Ponge sur le bout des doigts, l'évocation des chèvres vous aidera peut-être à trouver...

 

 

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